• Nouvelle-Zélande : l’ascension d’Aoraki/Mount Cook par la chaîne Sealy

    A une certaine hauteur, la concentration d’oxygène diminue, le cerveau est moins bien irrigué. C’est pour cela que certains passages sont en italiques, je ne suis pas tout à fait certain qu’ils aient eu lieu.

      Nouvelle-Zélande : l’ascension d’Aoraki/Mount Cook par la chaîne Sealy

      

    Notre expédition Franco-australienne commença dès la veille lors du paquetage. Il fallait pouvoir tenir plusieurs jours, emporter des affaires de rechange, des moyens de communiquer, de se repérer, de faire un feu, voire de chasser. Nous envisageons de revoir l’intégralité de la série « Seul face à la nature » (Man vs Wild) mais faute de temps nous abandonnons. Il nous semblait que nous nous étions entraînés pendant de longues années pour arriver enfin à ce grand jour : la conquête d’Aoraki/Mount Cook.

    Ce n’est pas un hasard si cette montagne porte le nom de l’ancêtre mythique des Maoris comme celui de l’un des plus grands explorateurs. En janvier 1948, Edmund Hillary, le premier homme à vaincre l’Everest, atteint son sommet qui culmine à 3 754 mètres d'altitude (le plus haut de Nouvelle-Zélande).

    La nuit sera courte. Entre nos préparatifs fébriles et la joie de partir à la conquête du sommet, il reste peu de temps pour le repos. Déjà l’aube. Nous quittons nos femmes épleurées qui nous saluent avec leurs mouchoirs, les enfants dans les bras. Nous reverront-elles ? Elles pressentent sans doute que notre ascension va bouleverser nos vies. Rien ne sera plus comme avant.

    Alors que notre véhicule s’élance dans le brouillard matinal, nous sommes graves et silencieux. Les deux heures de route se déroulent dans une atmosphère méditative.

    Nouvelle-Zélande : l’ascension d’Aoraki/Mount Cook par la chaîne Sealy

      

    Si nous réussissons, ce ne sera pas seulement pour la couronne britannique, la République de France et tous les peuples opprimés, mais aussi pour notre propre salut. Alors que nous sommes au pied de la montagne, nous mesurons ce qui nous sépare encore de la civilisation. Nous sommes si peu de choses face à l’immensité sauvage.  

    Nouvelle-Zélande : l’ascension d’Aoraki/Mount Cook par la chaîne Sealy

    Aoraki/Mount Cook et le glacier Hooker

    Un hôtel derrière nous. Y apercevant quelques visages asiatiques, je demande au concierge qu’ils nous cèdent quelques sherpas pour porter nos sacs. On me répond qu’il ne s’agit pas de « sherpas », mais de touristes japonais et on me presse de partir. D’ailleurs les japonais commencent à nous photographier. Se peut-il que la nouvelle de notre expédition soit parvenue jusqu’à Tokyo ? Nous n’avons pas le temps de vérifier. Après avoir improvisé en anglais une brève allocution sur l’avenir de la civilisation, nous nous élançons sur un chemin pavé de bois.

    Plusieurs sentiers s’offrent à nous. Nous choisissons le plus long. Estimé à 6 à 8 heures (aller-retour), il nous mène du village Mount Cook jusqu’à la «Mueller hut », un refuge situé à 1 800 mètres d’altitude. Le parcours de 5,2 km serpente sur la chaîne Sealy (environ la moitié de la hauteur d’Aoraki). Il présente un dénivelé de 1 000 mètres.

    Nouvelle-Zélande : l’ascension d’Aoraki/Mount Cook par la chaîne Sealy

    15 des 1 800 marches

      

    Les trois premiers quarts du parcours sont constitués d’un peu plus de 1 800 marches qui conduisent au Sealy Tarns, un petit lac d’altitude qui offre un panorama époustouflant sur l’ensemble de la vallée et le glacier Hooker. La dernière partie est pour moitié de l’escalade sur la roche et pour l’autre moitié de la marche et de l’escalade dans la neige.

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    Sealy Tarns

    Nous n’avions pas prévu qu’il y aurait de la neige à cette période de l’année. Alors que nous commençons à croiser des gens qui redescendent (beaucoup de Français), on nous avertit qu’avec un jeans et des baskets, ça risque d’être compliqué. Il y a par endroit plus d’un mètre de neige. Je réponds que nous avons le cœur pur et l’âme des aventuriers. Nous convenons avec Craig de nous arrêter quand ce ne sera plus praticable pour nous.

    A la moitié du dernier quart, nous croisons deux Français. L’un d’eux réussit l’exploit de nous raconter sa vie en moins de cinq minutes. En gentlemans essoufflés, nous lui proposons d’être premier de cordée. Alors que nous arrivons en haut d’un pic rocheux, nous décidons de faire halte pour déjeuner. Devant l’immensité montagneuse, mon compatriote français s’exclame : Putain c’est beau, mais ça manque de meufs ! Nous voilà rassurés : s’il est resté loin de sa terre natale pendant plusieurs années, celui-ci est resté bien français !

    Nouvelle-Zélande : l’ascension d’Aoraki/Mount Cook par la chaîne Sealy

      

    Nous nous éloignons pour le laisser méditer avec son compagnon.

     

    Nouvelle-Zélande : l’ascension d’Aoraki/Mount Cook par la chaîne Sealy

      

    Le vent se lève alors que nous approchons du refuge. Un hélicoptère atterrit et débarque les touristes japonais du matin, frais comme des roses et équipés comme s’ils allaient faire du ski de fond. Ils nous saluent et nous prennent en photo. Il y a dans le groupe des personnes âgées et je soupçonne même l’une d’elle d’être centenaire. Alors qu’elles s’apprêtent à descendre la montagne, nous sommes outrés par la relativité qu’elles apportent à notre exploit. Nous convenons que nous leur tendrons une embuscade ou leur jetterons des pierres sur le chemin du retour.

    Nouvelle-Zélande : l’ascension d’Aoraki/Mount Cook par la chaîne Sealy

    Quelques instants avant le planter de drapeau

    Alors que nous touchons la porte du refuge, je m’écrie : Pour la France !

    Craig : For her majesty, the Queen !

    Nous prélevons un litre de neige qui témoignera de notre exploit.

    Craig me tend le flacon : - Tiens voici, ta fiole !

    Après avoir signé le livre d’or du refuge, nous amorçons notre descente.

    Nouvelle-Zélande : l’ascension d’Aoraki/Mount Cook par la chaîne Sealy

    Dans la Mueller Hut, la neige recouvre les fenêtres

    Alors que nous sommes encore ivres de notre victoire, notre destin bascule soudainement. Un écart sur le chemin et mon pied droit, puis la jambe entière s’enfonce dans la neige. Je suis littéralement bloqué. Je supplie Craig de m’abandonner. En ralliant le village avant la nuit, il pourra lancer une expédition dès le lendemain. D’ici là, je promets de tenir grâce aux deux allumettes de survie que j’ai emportées. Je n’ai pas terminé mon discours que mon pied est dégagé. Mon compagnon d’infortune, au péril de ses mains qui sont maintenant gelées, m’a dégagé. Je lui donne une accolade franche et virile. Désormais nos destins ont été scellés au cœur des ténébreux sommets des confins du monde. 

    Nouvelle-Zélande : l’ascension d’Aoraki/Mount Cook par la chaîne Sealy 

    Craig me fait remarquer que nous gagnerions du temps à descendre la piste en ligne droite sur la neige. A l’aide de son parka, il improvise une luge dont la surface en contact avec la neige est de nature à le transporter jusqu’en bas. Je lui fais remarquer qu’avec mon jean, je ne pourrais pas le suivre. Cet argument est sans nul doute le plus convaincant car il s’élance déjà dans la poudreuse, comme l’aurait fait un grognard sur Sébastopol. Finalement, je m’élance à sa suite.

    Partis à 8:12, nous sommes arrivés à 13:00 au refuge, peu après notre pause déjeuner. A 15:30, nous étions revenus en bas. Nous avons mis 7 heures, en faisant de longues pauses pour admirer le paysage très impressionnant. Plus que les images, il faut absolument entendre le bruit des avalanches, particulièrement nombreuses à cette époque de l’année. Ça commence par des craquements sourds et secs, un peu comme de l’orage, suivi de longues coulées. 

    Nouvelle-Zélande : l’ascension d’Aoraki/Mount Cook par la chaîne Sealy

    Des coulées d'avalanche se transforment en torrents dans la vallée

     

    Nouvelle-Zélande : l’ascension d’Aoraki/Mount Cook par la chaîne Sealy

    Alors que nous regagnons la voiture, nous songeons à la bière fraîche qui célèbrera notre ascension. Nous n'avons pas seulement monté, dis-je à mon compagnon, nous nous sommes élevés. 


  • Commentaires

    1
    Frudy'M
    Lundi 2 Décembre 2013 à 11:41

    SUBLIME REPORTAGE AVEC CES PHOTOS A COUPER LE SOUFFLE (vous en savez quelques chose) !!!  CA DU ETRE DE GRANDS MOMENTS POUR VOUS 2......

    2
    Jessdem
    Lundi 2 Décembre 2013 à 18:24

    Génial !!

    Merci de nous faire rêver avec cette pseudo fiction ;-)

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